À propos

photo Stéfanie Bourdon

 

 

 

 

 

C’est le papier qui constitue depuis deux ans le support principal des dessins de Stefanie Bourdon.

Toujours en format réduit, une première catégorie est celle des « Instantanés » lorsqu’au seul moyen de déclinaisons de noirs et de gris au crayon gras ou sec, l’artiste laisse deviner les contours d’images mentales comme entr’aperçues. Au cœur de l’instant fugace du souvenir, c’est la grande mobilité du trait qui est privilégiée. L’artiste sauvegarde l’intégrité du signe ou de la trace par une exécution ponctuant zones blanches et sombres dans un jeu subtil avec les fonds.

«Ce sont les crayons qui créent la matière» dit-elle. Chaque composition constitue une brève suite d’accords aux accents de matité ou de lumière nourris de transparence. L’observateur y portera idéalement un regard en plan rapproché, décodant formes ambiguës, amalgames énigmatiques ou références paysagères dont la société des hommes se trouve absente.

Le second type de travail constitue une variante inédite de dessins. Toujours travaillés au pinceau, les papiers les plus lisses et toujours préalablement humidifiés accentuent la fluidité du medium. Les masses colorées s’y déposent, s’y fixent ou s’y déploient en surface et en profondeur. Un travail à la maîtrise hardie, évoquant le louvoiement d’un frêle esquif sur un lac de papier.

Mais là où auparavant les compositions se trouvaient -à la marge seulement- rehaussées de coups de crayon discrets en bleu ou vert, aujourd’hui c’est une gamme chromatique élargie qui s’ouvre aux primaires rouge et jaune. Celles-ci sont articulées en plages et par bandes progressives. Elles sont disposées souvent à l’horizontale, créant les conditions visuelles de champs de profondeur.

Conjugués en tonalités assourdies, ces camaïeux confèrent aux microcosmes une atmosphère à la fois de chaleur et de proximité. Stefanie Bourdon nous a renvoyé auparavant à des environnements entre chien et loup, référencés au monde minéral. Elle nous convie aujourd’hui à une plongée dans des univers plus végétaliens et aquatiques nimbés des douces lueurs d’un soleil couchant, et comme animés seulement du frémissement d’un vent tiède dans les ramures.…

Stefanie Bourdon ne recherche pas l’expression anecdotique de son champ de vision. C’est plutôt au partage de son rêve qu’elle se livre. Animés d’ombres, mais aussi de lumière, ce sont des moments intemporels. D’un langage apaisé, Stefanie Bourdon nous dit qu’ils forment une expérience intime « hors saison ».

Michel Van Lierde, mars 2017

 

D’intensives interventions matiéristes sur toile caractérisent le travail de Stefanie Bourdon.

Elles étaient à voir l’an dernier à la Galerie Jean-Philippe Braam ainsi qu’au Parcours d’Artistes de Saint-Gilles et Forest.

Nous connaissions techniquement jusqu’ici son style « expressionniste » : acryliques dilués contrastant avec d’étonnants grumeaux maturés sur le support par l’effet siccatif, insertions, collages et sables calibrés étalés au couteau-palette ou… à la carte de tram, plus souple. Incises, scarifications et raclages. Le noir et le blanc étaient rois.

La reconnaissance toute particulière par le Jury du Parcours lui a ouvert la porte de l’exposition au BRASS (Centre Culturel de Forest).

Le monde du papier constitue aujourd’hui un nouveau -et interpelant- terrain d’exploration pour l’artiste.

C’est au moyen de classiques Caran d’Ache, ou Koh-I-Noor lorsqu’ils sont gras, de crayons aquarellables ou d’encre de chine que Stefanie Bourdon s’exprime dans cette présentation.

Elle a fait le choix tantôt d’épais papiers chiffon, tantôt de papiers à texture lisse. Elle joue sur ces différences pour leur préparation en degré d’humidité. Vient ensuite l’encre apposée au pinceau ; elle se répand d’autant mieux que le papier est plane. Couleurs estompées, jeux de transparences.

Elle «  chasse » les pigments leur conférant une fluide densité. De discrètes touches au crayon bleu ou vert rompent le rythme des plages gris sombre ou blanches. Stéfanie Bourdon a choisi des formats sensiblement réduits donnant un caractère plus intime à ses compositions.

Alors que dans ses grands formats, elle impliquait, voire  enferrait  le spectateur tout entier dans des paysages souvent chaotiques (elle parlait de  combat  manuel avec ses matières), elle semble cette fois le convier à de ponctuelles visites de son « espace du dedans »  à la manière d’ Henri Michaux.

Une zone intime au parfum de sérénité et de poésie. Non sans une pointe de mélancolie. Un langage en images nées de l’état de l’âme, d’improbables paysages que la mémoire peine à reconstituer.

Un vocabulaire quelque peu moins lisible, plus onirique et sans doute par là, plus symboliste dans son rendu.

Visuellement, l’oeuvre respire davantage ; elle est plus éthérée, plus aérienne.

Stéfanie Bourdon le dit : « c’est quand même toujours en appui sur le sol, – la  terre rocheuse- (qu’elle affectionne), mais la tête dans les étoiles que le regard de l’ Homme doit prendre sa battue pour entrevoir l’Indéfinissable, au-delà de la Logique et de la Raison ».

Elle nous tire vers le haut !

Michel van Lierde, mai 2015

 

Dans l’atelier, « La pratique de l’art » d’Antoni Tapiès voisine « L’œuvre imprimé » de Pierre Soulages.

Forte de son expérience de cours de dessin et de modèle vivant, Stéfanie Bourdon (1972) se dit aujourd’hui « amoureuse du noir et du blanc ». Un champ d’investigation qu’elle ressent comme infini. « Le noir est une couleur » fut le titre de l’exposition qu’Aimé Maeght donnait en 1946 pour l’ouverture de sa galerie. Dans ses « Ecrits et propos sur l’art », Matisse définissait le noir comme une « couleur de lumière ». Celle-ci crée des climats distants, des atmosphères qui ne se limitent pas à celle du deuil, ainsi en est-il t’il chez Redon, Manet ou dans les estampes japonaises. De Saura à Marfaing, Feito, Stella ou Kline jusqu’à Reinhatdt, nombreux en sont les témoignages dans la peinture du XXème siècle.

La toile de coton ou de lin constitue pour elle un terrain au sens premier du terme –fertile- à l’image de ce qu’elle nomme son propre « chaos ». Dans la mythologie grecque, Chaos est une entité primordiale d’où naît l’univers.

Ainsi, Stéfanie Bourdon déclare « attaquer » son travail sans idée préconçue, animée seulement de son esprit libre, l’œil en alerte, moteurs de son processus créateur qu’elle dit vivre comme un « corps à corps »

L’artiste ne s’attiédit pas dans des techniques compassées. Au cœur de sa démarche, la peinture ne constitue que l’un de ses matériaux. Son acrylique dilué devient jus, riche tantôt d’effets de transparence, tantôt d’étranges grumeaux maturés par l’effet siccatif. Carborundum, poudre de marbre, sables calibrés : étalés traduisent brillances ou « matitudes » des gris, beiges ou grèges.

Son outil favori ? Il s’apparente au couteau-palette mais elle lui préfère la souplesse et la finesse… de la carte de tram avec laquelle elle incise, scarifie, racle…Elle caresse le support de ses doigts. C’est sa « nonchalance maîtrisée » dit-elle. Aux zones de tempête répondent des planéités. Cartons, papiers de verre, gazes stériles sont piégés dans la matière picturale : à l’observateur de se laisser égarer entre cratères, abîmes aquatiques, pics minéraux ou foisonnements végétaux. Une luminescence au clair de lune nimbe le tout.

Elle cite volontiers Soulages, le créateur de l’ « outrenoir » : « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche », disait-il en 1953. En 2012, reprenant le sujet, il précisait: « L’outrenoir » auquel je suis arrivé après une nuit blanche à songer aux barbouillis dont je ne sortais plus, ne désigne pas un effet optique, mais mental qui nous habite à partir d’une émotion esthétique (le cas de la lumière qui surgit du noir). Il y a trente ans que je le pratique et je rencontre toujours du neuf, pourquoi m’arrêterai-je ? »[1]

«Frénétique » ou « acharné » ? Des adjectifs qui qualifieraient ce travail périlleux et répété à l’envi, de gestation de Stéfanie Bourdon, à l’origine d’un monde en dominante noire-grise-blanche, au cœur de laquelle l’équilibre final fait l’objet de sa « foi ». Cette artiste est à sa manière un « commando » de la peinture ; elle va à son abordage…et réfléchit chemin faisant.

Avec Stéfanie Bourdon, le regard doit sans cesse se camper « out of the box » ; ce distanciement par rapport aux limites du cadre qui lui est nécessaire pour animer le travail et lui trouver un achèvement. C’est le moment ultime où, cette artiste, maman par ailleurs, se résout à rompre l’univers des noirs déclinés. Point d’orgue, elle décidera alors, et en tant que femme, de «marquer» symboliquement sa composition d’un cercle au contour coloré. Elle aura, là aussi, donné une vie.

Michel van Lierde, juin 2014

[1] Entretiens avec Roger Pierre Turine, La Libre Belgique 29 octobre 2009 et 3 janvier 2012

 

Stefanie Bourdon

Je travaille tôt le matin, j’ai besoin de les regarder, de voir ce qui va surgir, voir comment ça va devenir, je suis en contact permanent avec elles, il faut que je m’en libère, je me cherche, je donne mon identité. Jadis, j’ai eu un maître, Victoria Calleja, un jour, je suis devenue mon propre maître après sept années. Je mets du net et du pas net, je dilue, la roche, la pierre grattée, mon œil travaille, touche de blanc, touche de noir, je mets de l’ordre dans le désordre, l’air de rien, dans la nonchalance, dans la maîtrise, je vois venir les paysages, par hasard, pas par hasard, non, je joue avec les contrastes, pas net et à la fois net. Des silhouettes, des gestes, des courbes, du mouvement, des paysages, des plages, je les quitte juste un instant, j’y reviens, je trace des cercles, je mets des touches de vie, sensualité, maternité, je mets de temps en temps quelque chose de doux, des zones de paix, même si j’aime la tempête. Le poète lui dit de ne pas les encadrer.

Laurent Berger, 31 octobre 2013.

 

Avec Rien.

« Je n’ai jamais une idée de départ. J’ai besoin de me perdre, pour retrouver le chemin… »

Avec rien Stéfanie Bourdon arrive à créer des univers tout à fait improbables.  Toute matière, le moindre petit bout de papier, de grain de sable,  peut l’inspirer et a, pour elle, un véritable potentiel d’expression.

Avant de commencer elle fabrique le chaos.

Elle pose sa toile en 3D à plat et lui impose des couches successives de textures, d’acrylique, de sticks de peinture à l’huile. Elle fait couler des jus d’acrylique mélangé à l’eau, elle parsème du sable, elle appose de la pierre ponce et, comme un enfant qui a la joie de faire de la boue un merveilleux château, petit à petit, elle fait apparaître la surprise de l’équilibre, l’harmonie, le cercle. Elle gratte, elle efface, elle ajoute,…. elle perce les couches, elle bâti l’univers de son imaginaire avec ses creux, ses reliefs, ses silences et son langage, dans lesquelles on peut aussi se promener, se perdre et se retrouver à nouveau…

Pour être le plus près possible de la matière ses outils fondamentaux restent ses doigts et des petites cartes téléphoniques qui en contacte avec la toile sont suffisamment flexibles que pour suivre les nuances de ses gestes.

 C’est l’accomplissement de toutes ses techniques et concepts découverts, entre autres lors de l’enfance, (grattage, couches, juxtaposition de matière brutes et raffiné, les jeux de l’imprévue du hasard …) qui est une partie intégrante de sa créativité. Cela donne à ces œuvres une sensualité tangible, un cheminement ressenti, ancré dans le plaisir essentiel de la créativité.

Kate Carpenter

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